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Yves Thériault




Yves Thériault
© Photo : © Kèro

Du même auteur

Aux Les Éditions de l'Homme


Résumé de carrière de l'auteur

Yves Thériault, décédé en 1983, fait figure de phénomène dans notre littérature. Auteur d'une quarantaine de romans, de plusieurs centaines de contes et de textes dramatiques pour la radio et la télévision, ainsi que d'une quinzaine d'ouvrages pour la jeunesse, son œuvre, traduite en une douzaine de langues, a été couronnée par de nombreux prix, dont le prix Athanase-David (1979), la plus haute distinction littéraire du Québec. Son roman Agaguk, qui a valu à son auteur la renommée internationale, a fait l'objet d'une adaptation cinématographique.




Résumé de carrière

Yves Thériault (1915-1983) a écrit une œuvre considérable et variée, comprenant surtout des contes et des romans, qui s'est déployée aussi dans tous les genres, y compris le théâtre, la littéra­ture de jeunesse, la littérature radiophonique, le «roman à dix sous». Né à Québec, issu d'un milieu modeste, contraint d'abandonner ses études à l'âge de quinze ans, il exerce d'abord divers métiers. Trés tôt, il choisit de vivre pour écrire et d'écrire pour vivre. Autodidacte, il affirme s'inscrire dans la tradition de «ces conteurs qui accompa­gnaient les tribus», mais «un conteur impénitent», apte à déjouer les conformismes et à jouer les transgressions les plus fortes. En 1979, il obtient le prix David pour l'ensemble de son œuvre.
L'écrivain crée un monde d'affrontements et de passions élé­mentaires. Ses contes mettent en scène des personnages margi­naux et troublants. Ses romans sont construits à partir d'opposi­tions marquées et, jusqu'à un certain point, irréductibles, faites de conflits de cultures, de temps, de mœurs. Ils se situent dans une géographie où le Nord s'oppose au Sud comme les gens de la plaine à ceux de la montagne et, dans leur espace social, l'Esquimau ou l'Indien se dresse face au Blanc, l'homme face à la femme, l'indi­vidu face à la collectivité. À un moment du récit, un événement vio­lent se produit - accidentel ou provoqué - duquel le héros sort vaincu ou mutilé, et son comportement s'en trouve profondément modifié: c'est le combat d'Agaguk contre le Grand Loup Blanc, dans l'ouvrage du même nom, celui de Héron contre le taureau, dans Les Commettants de Caridad. Parfois l'événement décisif a déjà eu lieu quand commence le roman et un récitant immobile revoit sa vie à la manière d'un «conte pour un homme seul».
Après La Fille laide, récit de violence et de tendresse auquel succède le naturalisme érotique du Dompteur d'ours et la veine satirique des Vendeurs du temple, Yves Thériault entreprend un nouveau cycle centré sur l'expression des minorirés. Aaron pré­sente le conflit entre deux mondes, celui de la loi mosaïque et celui de l'Amérique du Nord, et traite du destin malheureux d'un Juif montréalais de stricte observance, Moishe, devant l'incompréhension de son petit-fils et seul descendant. Quand à Agaguk, roman de moeurs esquimaudes, il rendra son auteur célébre. Cette chanson de geste moderne exprime un moment d'équilibre exceptionnel entre les valeurs de la tradition et celles du monde dit civilisé, un moment où le passage devient possible d'un ordre à un autre, où l'intégration de l'altérité s'accomplit sans aliénation. La série amérindienne, qui commence avec Ashini, tragédie de la disparition d'un peuple, et se poursuit jusqu'à La Quête de l'ourse, tient également une grande place dans l'œuvre de Thériault, lui-même d'ascendance montagnaise. Dans un langage au lyrisme contenu, dans une phrase austère et pleine, qui sait aussi emprunter les tournures populaires, Thériault traduit la grande et petite histoire de l'homme livré à la violence de forces aveugles et implacables - les siennes, celles de la nature ou celles de l'ordre nouveau - en même temps qu'il lutte pour sa libération.

GAUVIN Lise et Gaston MIRON. Écrivains contemporains du Québec, l'Hexagone, Montréal, 1998, p.493-494.